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Silent Friend : un voyage immobile dans le temps

Un régal pour les yeux et les oreilles. C’est la meilleure façon de décrire ce film singulier à rattraper d’urgence en VOD si vous l’avez raté en salle. Présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise en septembre 2025, sorti en France en avril dernier, Silent Friend (bande-annonce), écrit et réalisé par la Hongroise lldikó Enyedi, installe un dispositif au premier abord déroutant mais pourtant simple.

Au centre du film, un ginkgo biloba, un arbre vieux de près de 200 ans situé dans le jardin botanique de l’université de Marbourg, en Allemagne, autour duquel tournent trois intrigues placées à des époques différentes. Au début du XXe siècle, une jeune femme cherche à s’imposer dans un milieu universitaire encore exclusivement masculin. Dans les années soixante-dix, un jeune homme rencontre une étudiante en botanique et l’aide dans ses recherches. En 2022, Tony (interprété par Tony Leung Chiu-wai) est un neuroscientifique hongkongais de renom invité à l’université pour ses travaux sur le cerveau des nouveau-nés, qui prend pour nouvel objet de recherche le ginkgo biloba. Notons aussi la présence de Léa Seydoux dans le rôle d’une scientifique.

Le fil qui réunit ces personnages est la découverte progressive des facultés du monde végétal. Non seulement les arbres observent activement les humains qui les entourent, mais ils possèdent un langage secret et des canaux de communication complexes ; quant aux plantes, elles réagissent instantanément à la présence et aux intentions humaines.

Comme dans Planètes de Momoko Seto (lire son entretien), le monde est vu du point de vue végétal. Et pour que chaque époque soit distincte, le directeur de la photo Gergely Pálos utilise trois textures d’images différentes : pour 1908, l’argentique 35 mm noir & blanc, pour 1972, la pellicule couleur 16 mm, et pour les années 2020, le numérique haute définition. Ainsi, le voyage dans le temps s’opère naturellement, de séquence en séquence, sans besoin d’artifice, pour un résultat étourdissant, proche de celui que visait Robert Zemeckis dans son formidable Here (2024).

Loin de tout discours politique ou militant, Silent Friend revient à l’essentiel : apprenons à observer et écouter la nature qui nous entoure. Le point de vue de la réalisatrice décentre l’humain de la place qu’il s’octroie habituellement et propose une expérience inédite au cinéma. Un geste tour à tour étonnant et émouvant qui passe par l’adoption d’une musique originale co-composée par deux musiciens et artistes hongrois : Gábor Keresztes et Kristóf Kelemen, lesquels adoptent une approche minimaliste et sensorielle, axée sur les textures sonores.

Sélectionné dans de nombreux festivals internationaux et couronné de plusieurs prix, le film d’Ildikó Enyedi enchante. Par son travail hors du commun sur le son, par le soin apporté à ses images, par l’originalité de son dispositif et la richesse de son propos, il constitue un petit miracle de cinéma.

On dit parfois le cinéma d’auteur mal en point… Le fait qu’une coproduction hongro-franco-allemande aussi audacieuse et originale puisse voir le jour en 2026 est un formidable signe d’espoir. Ne le ratez pas.

Silent Friend

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