Jusqu’au bout, il est resté fidèle à lui-même.
Cet été, le podcast Total Trax a rendu un hommage en quatre parties au compositeur de l’âge d’or hollywoodien Miklós Rózsa. L’occasion rêvée de se replonger dans la carrière de ce compositeur exceptionnel, disparu en 1995, après avoir signé pendant plus de quarante ans certains des plus beaux scores de l’histoire du cinéma. On pense bien entendu à Ben-Hur (1959), La Maison du docteur Edwardes (1945), ou à des chefs-d’œuvre du film noir comme Assurance sur la mort (1944) ou Les Tueurs (1946) parmi beaucoup d’autres.
Avec leur érudition habituelle, les animateurs du podcast font un survol éclairant du parcours de ce compositeur né en Hongrie en 1907, et poussé comme d’autres par la Seconde Guerre mondiale vers les États-Unis (cf. notre entretien avec Isabelle Durin).
Comme son confrère Bernard Herrmann, Rózsa a rencontré le succès alors que la musique de film connaissait son âge d’or. Il en est même devenu l’un des principaux compositeurs, et il a su, quand le système des studios s’est écroulé, se réinventer avec une nouvelle génération de cinéastes dans les années 1970-80.
Les quatre derniers films
C’est sur cette dernière période que j’ai envie de m’arrêter ici, tant les quatre derniers films du compositeur forment un ensemble, certes arbitraire, mais tout à fait passionnant. De 1979 à 1982, il signe la BO des films de Jonathan Demme (Meurtres en cascade), Nicholas Meyer (C’était demain), Richard Marquand (L’arme à l’œil), et Carl Reiner (Les Cadavres ne portent pas de costard). Soit un thriller tendu avec l’excellent Roy Scheider et la belle Janet Margolin, un film de SF au scénario délicieux avec Malcom McDowell, un film de guerre haletant avec Donald Sutherland, et une parodie légendaire du film noir menée par l’inénarrable Steve Martin.

Étonnant hommage à Alfred Hitchcock, Meurtres en cascade (Last Embrace) est un thriller réalisé par Jonathan Demme, avec Roy Scheider dans le rôle d’un agent secret hanté par la mort de sa femme, qui cherche à déchiffrer un mystérieux message en hébreu tout en enquêtant aux côtés d’Ellie Fabian (Janet Margolin), une étudiante en anthropologie. Dans la plus pure tradition hollywoodienne, Rózsa compose un thème romantique magnifique qui contient en germe tout le drame à venir.

C’était demain (Time After Time), réalisé par Nicholas Meyer, met en scène H.G. Wells (Malcolm McDowell) poursuivant Jack l’Éventreur (David Warner) à travers le temps jusqu’au San Francisco de 1979, où il tombe amoureux d’Amy Robbins (Mary Steenburgen) tout en tentant d’arrêter le tueur. En faisant preuve de maestria, le compositeur immortalise les aventures de H.G. Wells avec force envolées de cuivres et de cordes, tout en rendant presque crédible un scénario très amusant mais ne s’embarrassant que peu de réalisme.
L’arme à l’œil (Eye of the Needle), réalisé par Richard Marquand, suit un espion nazi (Donald Sutherland) qui, ayant découvert des informations cruciales sur les préparatifs du Débarquement, se retrouve bloqué sur une île écossaise avec une femme (Kate Nelligan) dont il tombe amoureux, avant qu’elle ne découvre sa véritable identité. C’est mon coup de coeur de cette sélection : le film est excellent et la BO de Rosza est nerveuse et enlevée, tour à tour lyrique et martiale. Elle accentue la fatalité du drame et humanise les personnages, à tel point qu’on se surprend à entrer en empathie avec un espion tueur ! La musique de film a parfois de drôles de pouvoirs.

Enfin, Les Cadavres ne portent pas de costard (Dead Men Don’t Wear Plaid), signé par Carl Reiner, est une parodie du film noir dans laquelle Steve Martin, en détective privé, mène une enquête mêlée à des extraits de 19 classiques hollywoodiens (avec Bogart, Cary Grant, Ingrid Bergman…) montés en noir et blanc avec de nouvelles scènes pour créer une intrigue totalement inédite. Film unique dans l’histoire du cinéma, ce bijou recèle la toute dernière partition du maître, qui boucle la boucle en rendant un dernier hommage à une forme cinématographique qu’il a lui-même immortalisée avec sa musique dans les années 1940.
Conclusion
Compositeur au style très marqué, Miklós Rózsa a su rester fidèle à ses fondamentaux jusqu’au bout, malgré les modes changeantes et l’évolution des goûts du public. S’il a pu être considéré comme une relique d’une autre époque dans la dernière partie de sa carrière, les réalisateurs que nous avons cités ont su lui donner une place de choix, démontrant ainsi que l’approche mélodique et symphonique gardait toute sa pertinence et pouvait même donner du sens et une certaine cohérence à ces univers filmiques.
Un grand merci à l’équipe de Total Trax pour cette plongée dans l’univers de Miklós Rózsa.






